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Bouquiniste En Normandie

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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 20:34
Un vistemboir, qu’est-ce au juste ?

Marcel Ledieu, concierge rue Belle Venette a découvert dans l'héritage de sa tante un objet bizarre : un drôle de machin qui se refuse à révéler son nom et son usage. Voulant tirer la chose au clair, le concierge entreprend de laborieuses démarches avec un locataire qui s'intéresse vivement à ce problème d'indentification. Finalement le machin dévoile son nom. Il s'agit d'un vistemboir ; mais qu'est-ce au juste ?

"Marcel répondit que la tante Noémie était une ancienne garce, au sens poule du mot, mais qu'elle avait toujours eu le culte de la famille.

- Il n'y a pas de mal ; toute belle grande famille a besoin d'une garce par génération (...)

En s'éloignant M. Guesdon salua la concierge qui rentrait de commissions, mais madame Ledieu répondit à peine, le regard tendu vers le fond de la cour où elle venait d'apercevoir son mari. Pour des raisons à elle, madame Ledieu n'avait jamais aimé la défunte et le coup d'oeil sur la voiture à bras n'arrangeait guère la mémoire de Noémie Bizouer. Du vivant de sa tante, Marcel acceptait bien qu'on mêdit un peu la courtisane repentie, mais à présent il eût admis qu'on lui vouât un culte et trouvait singulier que madame Ledieu ne désarmât pas. Tout en sifflotant il déchargeait son modeste héritage (...) une cafetière de Limoges intacte, une pendulette de voyage qu'il venait de mettre à l'heure, six cartons de bigoudis neufs, un petit arlequin de biscuit avec sa mandoline de bronze et une statuette de la petite Thérèse. (...)

- Des bigoudis tout neufs, dit Marcel, il y en a six cartons d'une demi-douzaine.

- Six cartons, ricana l'épouse, oui, dans ce milieu là, faut que ça frise. (...)

- Et cette pendule, elle n'est pas mignonne ?

- De drôles d'heures qu'elle a dû marquer (...)

Marcel écarta l'arlequin pour mettre en valeur la petite soeur Thérèse :

- Et ça non ? C'est plus pareil. Faut être juste quand même.

- Les rapports entre la soeur Thérèse et la tante Noémie ne me regarde pas et je te demande de laisser la religion tranquille, n'est ce pas ? (...)

- Et voilà le bouquet !

- Qu'est ce que c'est encore que ce machin-là, fit madame Ledieu en fronçant le sourcil ?

- Je ne sais pas, dit Marcel, mais ça n'a pas l'air mal.

- A quoi ça sert ?"

Marcel Ledieu et Monsieur Guesdon, ont cru un instant qu'il s'agissait d'une machine à évaluer la c....ie.

L'accordéoniste aveugle rencontré au marché aux puces de Saint Ouen identifiera l'objet - "Nous autres, dit-il en se levant, nous n'avons ni besoin ni envie de savoir l'intention et la raison de tous les objets fabriqués par les voyants. Vous nous mettez devant le fait accompli et on se débrouille avec. J'ai reconnu un vistemboir, à vous de vous débrouiller avec".

Le Machin - Jacques Perret

Gallimard 1955

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 13:58
A la recherche des âmes mortes - Mintslov
A la recherche des âmes mortes - Mintslov

Vous n'avez que cela comme livres ? demandai-je en indiquant les commodes.

Ivan Pavlovitch saisit de deux doigts, avec un air de profonde réflexion, le bout de sa petite barbe.

- Là, peut-être, dit-il en montrant des yeux l'amas de fientes.

- Il y a des livres là-dessous ? m'exclamai-je.

- Oui. Il n'y a guère plus d'une vingtaine de centimètre de fientes au-dessus ! Les poules ne viennent içi qu'en hiver !

Je me glissai sous les cages à poules et je vis que mon guide avait raison. Les fientes étaient tout à fait sèches et pouvaient être enlevées par plaques entières. J'ôtai ma veste, mais longtemps je ne pus trouver un endroit où il fût possible de l'accrocher (...)

- Peut être vais-je me retirer ? Si je peux vous être utile, appelez-moi !

Je restai seul.

Comprendras-tu lecteur, ce que je ressentis à cet instant ? Le poulailler avait disparu, la maison avait rajeuni, des voix depuis longtemps éteintes s'étaient mises à retentir. Dans le bruissements des pages des albums et des lettres feuilletées j'entendais le frou-frou des robes, je sentais leur parfum, des ombres invisibles flottaient autour de moi.

A la recherche des âmes mortes - Serguei Mintslov (1870-1933)

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 13:14
Autour de François Mauriac

“Presque tous les récits inventés par les littérateurs sont l’histoire de la solitude humaine. Elle est au fond de tous les drames et surtout de ceux de l’amour. Mais à l’homme attentif au secret de la Grâce dans le monde, ce qui se révèle au contraire, c’est un univers indivisible d’interférences et d’échanges, un univers sans solitude où le péché même crée des liens entre les destinées. Dans toute vie où Dieu a pénétré, il n’existe plus de rencontres indifférentes”.

Le Fils de l’homme 1948

Nombreux ouvrages disponibles à la Librairie :

- Du côté de chez Proust, essai La Table Ronde 1947

- Mémoires intérieurs, essai Flammarion 1959

- Galigaï, roman Flammarion 1952

- La Pierre d’achoppement, essai Ed. du Rocher 1951

- Le Sagouin, roman, Plon 1951

- Les Chemins de la Mer, roman, Grasset 1939

- Le Jeudi Saint, essai Coll Belles Fêtes 1931

- La fin de la nuit, roman Grasset 1935

- Plongées, roman Grasset 1938

- Le Fleuve de feu, roman Grasset 1951

- Le noeud de vipères, roman Grasset 1934

- Pèlerins, récit 1932 (Lourdes, Lisieux, ...)

- Petits essais de psychologie religieuse l’Artisan du Livre 1933

- Vie de Jésus, essai Flammarion Coll Histoire 1936

- La vie et la mort d’un poète (André Lafon) Lib Bloud et Gay 1924

- La Chair et le Sang, roman Ed Frères 1920

- Les Mains jointes, poésie Bibliothèque du temps présent 1910

- Commencement d’une vie , récit Grasset 1932

- Les anges noirs, roman Grasset 1936

- Souffrances et bonheur du chrétien, essai Grasset 1931

- Destins, roman Les Cahiers Verts 1928

à partir de 7 euros...

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 13:11
Le Portrait de Dorian Gray

Ce conte fantastique qualifié de “littérature lépreuse” sera interdit de publication en Angleterre. Il sera pourtant traduit et publié dans de nombreux pays.

Certains y verront l’influence de Huysmans et d’A Rebours. Oscar Wilde dans son chapitre X, fera de ce roman (sans le nommer), le livre de chevet de Dorian Gray. Son personnage découvrira dans la personnalité du dépravé parisien Des Esseintes, “une préfiguration de lui-même”.

L’ouvrage antipathique devenait français. De ce fait, l’impression d’immoralité que Wilde voulait qu’il dégageât, se trouvait, pour le lecteur anglais, décuplé. Mais à l’intérieur du chapitre, le romancier juxtaposa avec adresse les expériences d’A Rebours et une version, toute personnelle, de la philosophie patérienne. Le mélange est contradictoire plus qu’a demi. Car la recherche des sensations, telle que Dorian Gray, après Pater, la définit, est un équilibre spirituel entre l’ascétisme qui “atrophie les sens”, et “le libertinage vulgaire qui émousse”. Mais cet équilibre paraît compromis, quand le héros se plonge dans ces orgies de pierres précieuses et de parfums, ces rêveries fiévreuses devant les portraits d’ancêtres tarés, où Des Esseintes, lui aussi, s’était compu : orgies symboliques, puisque la réprobation sociale dont le chapitre nous montre l’eveil autour des actes de Dorian Gray, suggère que le héros court précisément un très grand risque de voir ses propres sens s’émousser.”

R. Merle Thèse 1848 - Walter Pater “Renaissance” (cf le culte du beau)

Extrait chap X et XI : “C’était un livre empoisonné. Autour de ses pages flottait un lourd parfum d’encens qui troublait le cerveau. (...) au fur et à mesure des chapitres, une sorte d’engourdissement, une rêverie maladive, qui lui enlevait toute conscience de la tombée du jour et du glissement furtif des ombres. (...) Pendant des années, Dorian Gray ne put s’arracher à l’influence de ce livre. Plus exactement peut-être, disons qu’il n’essaya jamais de s’y soustraire. Il fit venir de Paris jusqu’à neuf exemplaires de l’édition originale, sur grand papier ; et par des reliures de tons différents, il tenta de les assortir à ses diverses humeurs, aux caprices changeants d’une sensibilité sur laquelle il semblait parfois bien près d’avoir perdu tout contrôle. Le héros du roman, ce jeune et étonnant Parisien en qui le temprérament romantique et les goûts scientifiques formaient un si curieux mélange, lui devint comme une figure prophétique de lui-même. Le livre entier lui parut contenir l’histoire de sa propre vie, racontée avant d’avoir été vécue”. Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 13:10
Boris Vian et le Père Noël

En 1955, Boris Vian est chargé d’établir le catalogue “Jazz” de la Société phonographique Philips. Il écrivit une multitude de textes destinés à orner le dos des pochettes de disques.

Textes courts, en général, circonscrits dans le format d’un 45 tours. Quoique de taille exceptionnelle, l’échantillon proposé est de la meilleure étoffe (il met en relief le dos de Magali Noël, Philips 33 tours).

1 - Quelques faits historiques

Durant le terrible hiver de 1837, on entendit à plusieurs reprises, dans une maison innoccupée de la rue du Petit-Plouc, au numéro cinq, des bruits, tels que la commission Paritaire des Beaux-Arts décida incontinent de classer l’immeuble comme hanté. Ce qui fut fait. Les bruits ne disparaissant pas pour autant, le propriétaire, un vétéran de 1812, convia, par une belle matinée de juillet, quatre ouvriers munis de pelles et de pics à sonder les murs de la cave afin de mettre un terme aux racontars fâcheux qui trainaient ça et là.

2 - Le mystère dévoilé

Et l’on fit de bien curieuses découvertes.

D’abord, on s’aperçut que dans la maison vivait une famille absolument inoffensive qui se nourrissait des produits de la vente, tels que Tour Eiffel en bois (...), vues aériennes de l’Arc de Triomphe prises d’une montgolfière équipée d’un bueau de dessin, etc...etc... (...).

Le responsable de tout ça ? Un robuste vieillard aux cheveux blancs, à la barbe de même, vêtu de rouge et que l’on nommait, dans le voisinage le Père Noël.

3 - Eléments de généalogie

Le Père Noël avait déjà sept enfants dont l’un courait sur ses soixante-quatre ans, équipé à cet effet d’une selle à troussequin élevé et d’une paire d’étriers sur le volet. C’est cet enfant qui nous intéressera plus particulièrement. Vingt ans plus tard, en 1857, il épousait une demoiselle Aurèlie Lamouillette dont il avait immédiatement sept enfants à son tour. L’ainé, né en 1858, fut baptisé Fils Noël pour le distinguer de son grand-père, auquel il ressemblait beaucoup, et aussi de son père qui se prénommait Charles. Fils Noël, en 1878, voulut entrer dans un couvent ; il en ressortit dix minutes après, les Pères ayant refusé de s’intéresser aux objets de piété dont il faisait le trafic. En 1879, faisant d’une pierre deux coups, après avoir changé son fusil d’épaule, il inventa le pare-clous, avant même que l’on utilise le pneumatique et se maria, sans flafla, avec la jeune vicomtesse Urémie Beauthorax, fille de famille noble et d’une fort grande beauté. Fils Noël et Urémie Beauthorax mirent au monde onze rejetons, tous mâles sauf un qui resta toute sa vie dans l’incertitude. Le troisième, le bel Ouen Noël, atteignit sa majorité en 1905, mais elle lui échappa aussitôt pour passer à son frère cadet. Ouen épousa en 1910 une jeune grecque isolée à Paris par les inondations, Artémis Callipyge, au visage aussi classique que son nom.

D’ouen et Artémis naquirent neuf filles toutes fort belles, qui épousèrent neuf artilleurs jumeaux. La branche mâle allait-elle s’éteindre ? Non, car à la suite d’un pèlerinage en Bretagne, où se trouve un vieux saint spécialisé dans ce genre de miracles, Artémis, à quarante trois ans, donna le jour à la petite Magali Noël.

4 - Le produit final

Physiquement, elle tient ferme de ses ancêtres les Beauthorax et elle a hérité en outre de la branche Callipyge tous les signes extérieurs utiles. Du vieux Noël, elle a gardé un goût traditionnel pour l’ouvrage bien fait, et une énergie difficile à contrôler. Personne, au reste, ne songe un instant à essayer. On arrive, en lui faisant enregistrer 12 ou 15 rocks d’affilée, à la fatiguer quelques instants, mais on peut recommencer une heure plus tard, il n’y parait plus. Même en lui imposant un débit de cent mots à la seconde, on reste bien en deçà de sa capacité énergétique.

5 - Le programme des réjouissances.

Pour essayer de canaliser son impétuosité naturelle, on a entouré Magali Noël de diverses formations choisies parmi les plus résistantes. Celle d’Alix Combelle, qui mérite le titre de jazzman numéro un de France, a gravé deux joyeuses ritournelles. Joss Basselli, musicien arrangeur aux talents multiples, prouve qu’il sait faire danser aussi bien qu’il sait accompagner, et ce n’est pas un menu compliment. Enfin, le prestidigitateur musical Michel Legrand donne deux versions très remuantes des succès mondiaux que sont Rock around the clock et Riff and Rock. Voici donc, sous son habillage dernier cri, cette marchandise depuis longtemps appréciée des connaisseurs qu’est le rock and Roll, dérivé du bon vieux blues des familles. Ecoutez se déchainer les rockmen français, alternant avec ce qui s’est fait de plus sexy depuis Eve, Magali Noël.

Jack K. Netty

(traduit du broutzing par Boris Vian)

Source : Revue Bizarre n°39-40 Février 1966

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 13:07
Jean et Jeannette
  • Max Jacob écrivait à Marcel Béalu “Je ne connais certes pas ta vie sentimentale plus que tu ne connais la mienne. Fais-la connaître à l’univers, il ne demande que cela”.

L’Ombre immortelle

Un vieil arbre dans la forêt

Avait vu s’abattre un à un

Autour de lui ses compagnons

Qui le protégeaient des tempêtes.

Si fortement pris dans le sol

Par chacune de ses racines

Il étendait au loin ses branches

Seul au milieu de la clairière.

Jean et Jeannette qui passaient,

Voyant cet arbre se dresser

Dans un océan de lumière,

Vinrent s’étendre sous son ombre.

Doucement le vent se leva

Pour entonner le chant du ciel

En agitant toutes les feuilles

De l’arbre voué à la mort.

Et l’on vit même les oiseaux

Se rassembler dans sa ramure

Pour accompagner de leurs cris

Les ébats de Jean et Jeannette

Et dans le coeur des deux enfants

La terre inscrivait son présage :

Arbre béni du dieu soleil,

Ton ombre ne mourra jamais !

Marcel BEALU

Dans la loi hors des lois - 1989 Seghers Poètes d’aujourd’hui

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 12:59
L'Andouille Impériale

Marcel Béalu, romancier, poète et libraire fut l’ami de Max Jacob, Jean Cocteau, Jean Follain, Luc Bérimont et René Guy Cadou. Il écrivit entre 1960 et 1979 Les Contes du demi-sommeil.

Extrait : La bouche ouverte

Yeux ronds, bouche ouverte, le petit bonhomme entra chez le Grand Charcutier Imprérial. Dans la poche sa main fermée tenait une pièce de dix francs. Le petit bonhomme se dirigea timidement vers le centre du magasin. Là, debout sur un échafaudage de saindoux, vrai chef-d’oeuvre d’architecture, était exposée l’Andouille Impériale, spécialité de la maison.

- Regardez ! Mais regardez donc sa bouche ! ... chuchota la plus jeune des vendeuses.

Cette demoiselle tenait la cuillère à pâté avec une élégance visible, l’auriculaire levé, et ses ongles étincelaient autant que les vitrines où s’alignait le menu fretin des Saucisses Royales, autre spécialité de la maison.

- S’il pouvait seulement fermer sa bouche ! répéta-t-elle, presque à haute voix, en lançant un regard éploré au gérant dont le buste massif trônait au-dessus de la caisse aussi blanche que le saindoux.

Tout était émail, nickel et rideaux blancs, chez le Grand Charcutier Impérial. Et le petit bonhomme, au milieu de cet univers éclatant, ressemblait à un mégot posé sur une assiette. Comme pour renforcer cette impression, le vide s’était fait autour de lui, l’essaim des vendeuses s’affairant plus qu’à l’accoutumée avec les autres clients depuis qu’il était entré. Et lorsqu’elles se croisaient, affectant mines graves, airs soucieux, le même bourdonnement s’échappait, glissait de leurs migonnes figures, luisantes pareilles à des derrières de petits anges :

- Comment lui fermer la bouche ?

Le fait est que cette bouche ouverte, ce trou noir dans la face livide, était absolument extraordinaire. On eût dit qu’elle se mesurait au monstre de tripailles ou, par quelque loi de l’attirance des gouffres, cherchait à précipiter dans le sien la proie monumentale.

Beaucoup de temps s’écoula - l’andouille restait merveilleusement en équilibre sur l’échafaudage de saindoux - avant que le géant se décide à tirer parti de l’événement. Beaucoup de temps encore - son visage restait merveilleusement impassible au sommet du buste imposant - avant qu’il condescende à reconnaître dans un fin sourire :

- Un vrai passe-boule !

Et, comme ennuyé de devoir vulgariser par la pratique une de ces lumineuses idées de discret humour et de fantaisie dont son génial cerveau se réservait l’exclusivité, il se pencha vers la plus proche des vendeuses :

- Dites à ce clochard que l’andouille coûte trois mille francs.

Yeux ronds, bouche ouverte, le petit crasseux - tenait toujours dans sa main crispée, au fond de sa poche, la pièce de dix francs. Tout en se dirigeant vers lui la vendeuse, chuchotant, fit le tour des comptoirs. Et les visages, pouffant ouvertement ou en sourdine, au fur et à mesure qu’elles passaient se tournaient automatiquement vers les yeux ronds, la bouche ouverte. Alors il sembla que retentissait dans le silence l’écho d’un croassement.

- Trois mille francs !

Et répondant à l’attente de tous, une sorte de couac se produisit pareil au bruit d’un couvercle qui retombe. Le petit bonhomme parut diminuer de moitié tandis que sa tête s’affaissait, bouche enfin refermée.

On put croire, après la détente générale, que la vie normale suivrait son cours. Nul n’avait vu, mêlé aux premières ombres du soir, le petit bonhomme - petit rentier, rebut loqueteux, vieux mégot - s’effacer, glisser jusqu’à la porte ; nul n’avait vu son bras, dans le magasin, qu’envahissait le crépuscule, lancer vers le seigneur de l’établissement la pièce de dix francs, nul n’avait vu l’innocent projectile s’enfoncer dans l’échafaudage de saindoux ; nul n’avait vu, au sein du socle de graisse, l’action de la pièce, chaude d’avoir été serrée longtemps par une main fiévreuse.

Mais ce que tout le monde vit, quelques instants plus tard, ce fut la plus jeune des vendeuses portant une lampe ; ce fut cette lampe, projetée à terre, enflammer les blancs rideaux, puis les employées jouflues, puis le gérant sur son trône, puis la boutique du Grand Charcutier, puis le ville entière.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 12:53
Ma petite brebis toute blanche

Entre le 29 août et le mardi de Pâques 1890, Léon Bloy adresse à sa fiançée quarante-deux lettres. Il plaide son cas, se dépeint, se dénude, invoque Dieu, le Saint-Esprit, la Vierge Marie pour obtenir la main de Jeanne Molbech, une Danoise protestante qui a treize-ans de moins que lui. Avant de se retrouver devant l'autel, un détour par les fonts baptismaux s'impose. Bloy n'aura pas à mener une guerre d'usure, conquête et conversion iront de pair, la jeune femme a succombé aussitôt.

Préface de Max Genève - Léon Bloy, lettres à sa fiançée Ed. le Castor Astral

Lettre du 5 octobre 1889

Ma Jeanne bien Aimée, mon très cher amour,

Voilà deux lettres de toi qui sont venues, cette semaine, me consoler dans mon désert et je suis honteux d'y répondre seulement aujourd'hui. Se pourrait-il que ton amour fût plus grand que le mien ? Je ne sais pas, mais il est certain que je suis parfaitement aimé et cette pensée me remplit d'une parfaite et merveilleuse douceur.

Mon Dieu ! combien cette chose qui nous arrive est admirable ! Tu m'as écrit, mon adorée, qu'il se passe en toi des miracles. Je le savais et je le voyais, car j'ai l'habitude ancienne de ces choses. J'ai déjà vu de si admirables effets de la grâce ! Tu souffrais, pauvre chère âme, de n'avoir pas Dieu, et tu le cherchais de toutes tes forces. C'est pourquoi Il t'a donné un "coeur nouveau", ce sublime Seigneur qui ne résiste pas à l'amour. C'est que tu ne pouvais pas aller à lui sans passer auparavant par un grand sentiment humain qui te transformât tout entière, en te faisant humble et candide comme doivent être les petits enfants, capables enfin de comprendre et de désirer le sacrifice. Cela, vois-tu, ma bien-aimée, c'est la seule chose divine en ce monde. Le reste n'est qu'ordure ou poussière et les êtres humains ne valent qu'en raison de leur capacité de souffrir volontairement.

Ta dernière lettre me montre que tu est déjà arrivée à ce point et j'en ai été touché jusqu'aux larmes à cause de la magnificence visible des opérations de Dieu dans ton âme. Plus tard tu comprendras mieux ce qui se passe et tu seras ravie jusqu'à l'extase de la foudroyante rapidité d'élue et de prédestinée avec laquelle l'Esprit Saint te pousse dans ses voies surnaturelles.

Désormais, ne t'étonne plus de rien. Je t'affirme que tu dois t'attendre à tout. Tu ne sais pas qui tu es, tu ne sais pas qui tu aimes et surtout tu ne sais pas ce que le Seigneur va te demander.Tu ne sais pas "le don de Dieu". Il faut, ma douce amoureuse, que tu te prépares d'un coeur très simple à recevoir la lumière qui ne te sera pas mesurée parce que Celui qui la donne est exempt de parcimonie. Tu vas entrer dans un monde nouveau pour toi. Ne t'étonne de rien et ne tremble pas, mon amour ; d'ailleurs pourquoi craindrais-tu ? Si tu es docile à la grâce, je t'annonce avec certitude, des joies si profondes, si parfaites, si pures, si lumineuses que tu croiras en mourir. Et cela viendra tout de suite, je le sais par expérience, aussitôt que tu auras renoncé à toi-même pour adhérer uniquement à la volonté de Dieu. Que ce Dieu est admirable et qu'il est bon de m'avoir choisi pour être l'instrument de son oeuvre en toi.

Je t'ai déjà dit, ma Jeanne chérie, que ta rencontre avait été bienfaisante pour moi. Comment pourrais-je m'exprimer pour te faire voir clairement à quel point je suis consolé et réconforté par toi ? Lorsque nous nous sommes connus, mon ange de paix, j'étais au bord des abîmes. Accablé de chagrin et de désespoir, je me sentais mourir et j'acceptais lâchement qu'il en fût ainsi.

Je savais pourtant qu'il n'était pas dans ma destinée de périr de cette façon, que j'avais à remplir une mission certaine ; je ne pouvais oublier les signes divins pour lesquels autrefois, je fus averti des intentions inouïes de la Providence. N'importe, j'étais si las, si mortellement découragé d'avoir tant souffert, tant prié, tant pleuré, tant donné ma vie pour mes frères, sans jamais voir l'aurore de ma délivrance ! Et des ténèbres terribles s'amoncelaient sur moi. Et c'étaient des tentations infernales impossibles à raconter, comme si j'avais été sur le point de devenir un démon. Presque aussitôt, je fus apaisé, fortifié, quand tu devins ma très douce amie. Sans doute les ténèbres n'ont pas encore été dissipées et il s'en faut que j'aie cessé de souffrir. Mais je sens très bien que je vais au devant de la lumière, et c'est à cause de toi, par toi seule, mon cher coeur, que Dieu a voulu que ce grand miracle de résurrection s'opérât. Et maintenant est-il possible de croire que ce prodige d'amour puisse demeurer inachevé ? Je suis revenu à l'espérance, à la grande espérance d'autrefois, j'ai retrouvé l'esprit de prière et je vais reprendre les saintes pratiques depuis longtemps abandonnées. Je crois entrevoir déjà certaines clartés que je croyais à jamais perdues. Mais en même temps, il est bien sûr que je ne saurais me passer de toi, et que je ne puis rien sans toi. Il me faut absolument une compagne de tous les jours et de toutes les heures, et tu es la seule entre toute les créatures qui puisse être cette compagne. Les difficultés paraissent infinies, qu'importe, si, comme je le crois, c'est la volonté de Dieu que notre mariage s'accomplisse ?

Ah! que je suis impatient de cet heureux jour ! et combien je souffre de ne pouvoir en aucune façon, le calculer !

J'ai une joie extrême à te voir le dimanche, parce que ce jour-là tu es vraiment bien à moi, ma chérie. Mais que la semaine est longue et triste ! Tu m'es si nécessaire et ma tendresse pour toi est si profonde !

Tu m'écris que tu pries Notre Seigneur qu'il t'envoie des souffrances pour que je sois heureux. Mais, ma bien-aimée, ma consolatrice bénie, comment cela se pourrait-il ?

Quel bonheur pourrais-je avoir si je te voyais souffrir ? Assurément, Celui qui nous a créés si manifestement l'un pour l'autre saura très bien nous unir le plus simplement du monde et par des moyens admirables que nous ne pouvons même pas concevoir. Les souffrances viendront plus tard, c'est bien possible, et je ne serais même pas très étonné que ma vie dût s'achever dans d'effroyables tourments, mais il est nécessaire qu'auparavant la paix me soit accordée pour que je puisse me préparer à ce que je crois être certain d'accomplir un jour.

- Mon adorable Sauveur Jésus, qui êtes crucifié par moi, pour moi, en moi, depuis deux mille ans et qui attendez vous-même votre délivrance, en saignant sur nous, du haut de cette Croix terrible qui est l'image et la ressemblance infiniment mystérieuse de votre Esprit dévorant, - je vous supplie de regarder mon effroyable misère et d'avoir tout à fait pitié de moi. Considérez, mon doux Redempteur, que j'ai eu pitié de vous, moi aussi, que vos souffrances m'ont bien souvent déchiré le coeur et que j'ai pleuré nuit et jour des larmes sans nombre en me souvenant de votre agonie. Ne m'avez-vous pas vu des années entières à vos pieds sacrés, pénétré d'amour et de compassion et me détournant avec horreur des joies de la vie pour sangloter avec votre Mère et la foule de vos chers martyrs qui ne rougissaient pas de m'accepter pour leur compagon ? Vous ne pouvez avoir oublié, non plus, que par respect pour vos adorables plaies, j'ai rarement négligé de souffrir pour les malheureux et que j'en ai tiré quelques-uns du fond des gouffres pour les amener fraternellement en votre présence.

Néanmoins, vous avez beaucoup exigé de moi, vous m'avez accablé d'un très lourd fardeau et vous avez voulu que j'endurasse des peines si grandes que vous seul, mon Dieu, pouvez les connaître. Lorsque j'ai voulu, dans ces derniers temps, ne plus espérer en vous, m'éloigner de vous à jamais, vous m'avez envoyé, dans votre miséricorde, cette douce créature qui vous aime, qui vous cherche depuis tant de jours et que vous avez enfin poussée dans mes bras. Mon divin Maître supplicié, vous ne pouvez être le bourreau des pauvres âmes pour qui vous agonisez. Je vous en supplie, par le nom sacré de Joseph, par le coeur percé de votre Mère, et par les ossements glorifiés de tous vos saints, ayez pitié de ma bien-aimée Jeanne et de moi. Comblez-nous de votre grâce et unissez-nous pour vous servir à jamais.

Viens, ma chérie, ma fiançée, ma Jeanne infiniment aimée, viens demain dimanche et s'il se peut, fais-moi l'aumône de ta journée toute entière.

Je te serre dans mes bras.

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 17:59
Gustave Flaubert, oeuvres de jeunesse

Laisse moi me réchauffer au soleil, me promener dans les prés, regarder la rosée au bout de chaque herbe, les fleurs sur chaque arbre ; laisse moi entendre l'oiseau sur la branche, le ruisseau qui murmure, le fleuve qui coule, la mer qui bat, les feuilles qui s'agitent, l'insecte chantant dans les blés.

Laisse moi regarder, le matin, toute la vallée pleine de brouillard, et qui semble ainsi, avec ses fleurs, ses bois, ses marguerites, ses émeraudes, un encensoir qui fume sur un autel de diamant.

La Danse des Morts

Le Pauvre

Gustave Flaubert, oeuvres de jeunesse

Flaubert nous livre un véritable hymne à la nature, içi, le Pauvre s'adresse à la Mort et fait une véritable profession de foi. Transfiguration des alentours, embellisement des lieux, le monde sensible devient alors la richesse du pauvre.

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 18:47

"J'ai toujours ressenti l'enfance comme un état inférieur, j'étais sage, habitué à l'immobile, respectant l'économie, vertu théologale. J'arrivai à l'âge étudiant sans avoir rien aimé, rien compris, rien vu, rien senti"   -   (Venises)

 

 

 

Paul Morand "j'ai toujours ressenti l'enfance comme un état inférieur"

"La nouvelle tient bien bon grâce à sa densité. Elle garde un public vrai, celui qui ne demande pas à un livre de lui servir d'aliment (un écrivain n'est pas un restaurant). Il n'y a pas de quoi se nourrir dans une nouvelle, c'est un os. Pas de place pour la méditation, pour un système de pensée (...) Les personnages sont cernés, gelés dans leur caractère ; ils n'ont pas le temps de tomber malades, de mourir de la maladie du roman contemporain. La nouvelle opère à chaud, le roman, à froid. La nouvelle est une nacelle trop exigüe pour embarquer l'Homme : un révolté, oui, la révolte, non".

Préface à l'édition de 1957 d'Ouvert la nuit

Paul Morand "j'ai toujours ressenti l'enfance comme un état inférieur"

Plusieurs ouvrages disponibles à la Librairie :

 

Ouvert la Nuit - NRF 1922

Les extravagants MILADY suivi de M. Zéro - Gallimard 1964

La Folle amoureuse - nouvelles - gallimard 1956

Papiers d'identité - Grasset SP 1931

Fin de siècle - Stock 1957

Montociel roman, L'Enseigne du chevalier ailé Rajah aux grandes indes 1947

Nouvelles d'une vie II Nouvelles des yeux - Gallimard 1965

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